Ce texte a en grande parti été écrit une semaine après l'annonce du changement de l'article prévoyant le CPE. Par la suite il a circulé à l'état de brouillon entre plusieurs mains qui avaient participé au mouvement.
[ Ajoutons que ce texte, sur le blocage à Lyon2, a assez peu circulé par la suite en dehors du format papier : le voici maintenant sorti du carton (de la boite mail si vous préférez). ]
Ce texte a en grande parti été écrit une semaine après l'annonce du changement de l'article prévoyant le CPE. Par la suite il a circulé à l'état de brouillon entre plusieurs mains qui avaient participé au mouvement. Le but était de susciter ainsi une réflexion générale sur ce qui c'était passée, poser certains aspects et amener des points de vues à s'exprimer. En définitive ce texte n'est pas une sorte de synthèse mais juste une début car nous avons encore beaucoup à analyser.
Donc pendant plusieurs semaines : des nuits et des jours tables et chaises en main pour bloquer la fac, des collectivités par bâtiment, des manifs « sauvages », des actions au pas soutenu, des repas, des projections et des débats long à mettre en place, des réunions de commission, des discussions sur tous et rien.
A vrai dire, qui était là pendant les blocages est capable de se reconnaître, aujourd'hui encore, comme ayant partagé une même expérience, comme étant d'un même camp. Ce camp n'est pas celui d'une adhésion idéologique faisant agir -ou non-agir-. Il n'a pas été nécessaire d'avoir recours à l'espace de « La Politique », cette « asepsie » idéologique et affective qu'appellent de leurs voeux les tenanciers des partis, fédérations, appareils syndicaux, et de leur fatras de tendances. Notons comme cette approche normale du politique est restrictive. On la trouve en vigueur de manière indéboulonnable lorsque le calme semble régner au niveau social.
Malheureusement le reste de l'activité militante a surtout conduit à la mise en place de quelques leaders, de gestionnaires et d'individus plus légitimes que d'autres (car dans ci et ça mais pas toi). Nous visons ici d'abord les gestionnaires qu'ils soient de la LCR, de LO ou de l'UNEF. Ceux-ci se distinguent par une capacité à s'approprier la parole, à donner leurs points de vues en public, à ne pas trop s'impliquer avec l’autre (sauf par tactique), à être responsables. Ils on un devenir dans un parti, une tendance politique reconnaissable, une organisation représentative de quelque chose, dans un syndicat. Ces derniers appliquent La Politique en tant qu'espace neutralisant pour l'action, stérile (comme nos AG ?). Tous ceci sous couvert du seul espace qui existe à leurs yeux : l'espace de la représentation démocratique. Avec ceux là on a la chance d'être pris un peu pour du bétail. Il fallait se compter dans les AG, encore et encore (300 un jour, 600 l'autre, etc…). Cette comptabilité nous paraît particulièrement méprisante pour les personnes présentes. Certain-e qui veulent « massifier » en arrive à s'empiffrer de chiffres plutôt que de voir des êtres humains qui sortent du cadre habituel.
On peut dire que les AG quotidiennes ont pendant un certain temps restauré et glorifié le pouvoir des gestionnaires en présences, de la tribune. Durant une semaine il y a eu comme une stagnation, épuisant et dissuadant pas mal de monde quant à revenir dans des assemblées « caisses enregistreuses » . Après cela, est arrivé l'AG de ville, haut lieu de la prise de décision. Cela a entraîné c'est certain la revalorisation du rôle de petits chefs au niveau de Lyon2 Bron. Ceux-ci, celles-ci nous rappelaient comment faire un blocage respectueux, faisant la leçon à la moindre occasion (ils sont la pour ça). Nous parlons en priorité ici de personne de l'unef , délégué par leur syndicat à un rôle d'encadrement des bloqueurs et bloqueuses.
Donc des tâches devaient se faire et c'est ainsi que le mouvement a uni les gens. C'est dans un pragmatisme radicalement au service du mouvement que s'est constituée cette mobilisation. De ce fait il n'y a pas eu, pour trancher, les doutes des débats interminables et récurrents venant du marché des catégories militantes (Guevariste machin, collectiviste truc, autogestionnaire, etc…). Les catégories reconnues (et leur tendance à vouloir faire du passé le présent) qui permettraient de donner un sens vrai à l'action et au Je (Je suis trotskiste, Je suis Anar du groupe Ab) ont été annulées par la mise en oeuvre pratique. Dans ces conditions sont apparues des identités situées (Je bloque, Je manifeste, Je dors à la fac) issues de pratiques concrètes est entièrement parti prenantes du mouvement. C'est dans le faire, dans la praxis que se sont retrouvés des partis pris politiques.
Dès lors le terrain politique qui prend forme est celui du lien. Comme une évidence les liens entre des personnes ont ouvert d'innombrables portes, par une expérimentation du vivre ensemble dans la lutte. Etre avec d'autres personnes nous faisait avancer tout entier-e. La forme singulière de chacun-e, son monde propre s'est mis à exister avec celleux qui étaient là, présent-e-s.
En rendant caduque le dispositif habituel de la fac une sensibilité partagée s'est forgée. Mais plus que la constitution de microcosmes c'est la mise en place d'une communauté de lutte qui nous à marqué. La communauté de lutte de notre point de vue fut celle d'une opposition à un destin certain dans le processus de reproduction capitaliste. On comprendra ainsi l'appui de certain-e qui travaille mais qui n'ont que très minoritairement été présent-es dans la tenue des blocages. A partir de double ou multiples statuts (travailleur; chômeur en devenir; etc..) le mouvement s'est tout de même constitué.
En somme une forme de vivre en luttant fut réalisée à partir de ce qui est devenu un mot d'ordre contaminant : bloquer. Ce mouvement fut un mouvement de blocages répétés : des facs, des lycées, des gares, des routes, des médias, etc… Toute forme de flux, tout ce qui exige une continuité pour aller d'un point à un autre est potentiellement blocable. Plus les blocages ont été importants et multiples plus la puissance de ce mouvement se réalisait. Peut-être est-ce dû au magnifique contre pied fait à la vision systémique présente ou tout ne devrait être que flux ininterrompu. Et quoiqu'on en dise, ce n'est pas l'hypothétique grève général qui a fait peur au gouvernement (quelle rigolade quand on connaît les « nouveaux » intêret des syndicats) mais le développement de toutes les formes d'entrave, de l'intervention sans médiation, de l'affrontement. A Lyon cela a signifié aller voir l'UD Cgt à 70 pour « négocier », bloquer des voies de circulation, un centre de tri de la poste, aller au congrès des prud'hommes voir les patrons qui y siègent, etc…
Après tout cela il est vrai que l'université nous est apparu comme une coquille vide de sens, hostile par la moindre parcelle de ses couloirs, remplie d'une frénésie de soumission. Pourquoi revenir à la normale ? C'est un peu l'idée qui s'est répandu parmi les personnes impliquées dans ce mouvement.